Origine de la Covid-19 : l’hypothèse de l’accident de laboratoire doit-elle être étudiée d’un point de vue scientifique ?

Origine de la Covid-19 : l’hypothèse de l’accident de laboratoire doit-elle être étudiée d’un point de vue scientifique ?

L'origine exacte du SARS-CoV-2 reste encore inconnue.

On sait que la séquence de ce virus est proche des coronavirus de chauves-souris. Mais on ne sait pas comment ce virus est arrivé à Wuhan, comment il a évolué pour contaminer des êtres humains, dans quelles conditions il a infecté les premiers malades et s'il y a eu une contribution humaine à chacune de ces étapes.
Pour l'instant le scénario zoologique n'a pas été validé (ni invalidé) malgré 80 000 échantillons d'animaux prélevés et une trentaine d'espèces testées.

Le fait que l'épidémie ait commencé à côté de l’institut de virologie de Wuhan, a nourri une autre hypothèse : celle de l’accident de laboratoire. D'autant que cet institut est spécialisé dans l’étude des coronavirus ayant un potentiel épidémique chez l’être humain et il a été établi qu'il manipulait des virus proches du SARS_CoV-2. L'hypothèse a été peu considérée car elle émanait de groupes sujets à caution. Pourtant elle aurait mérité d'être examinée à la lumière des arguments scientifiques avancés. Le 13 mai dernier, une tribune dans ce sens d'une vingtaine de scientifiques a été publiée dans la revue Science.

Pour mener l'enquête, il faudrait avoir accès aux bases de données de séquences ainsi qu’aux différentes ressources utilisées par les chercheurs chinois (dont les cahiers de laboratoire, les projets déposés, les manuscrits scientifiques en préparation et soumis, les séquences virales, la liste des commandes et les analyses biologiques des expérimentateurs). Or les bases de données ont été rendues inaccessibles dès septembre 2019.

Parmi les interrogations importantes de l'après covid : les conséquences de nos interactions avec les écosystèmes, l’industrialisation des élevages intensifs, les conditions de sûreté des collectes et des expériences sur les virus potentiellement pandémiques… Il faudrait notamment, au niveau international, doter les laboratoires de systèmes de sécurité aussi exigeants que dans le domaine du nucléaire en envisageant la mise en place de "boîtes noires biologiques" permettant de retracer l’historique d’un éventuel accident.

 

Source : The Conversation, Virginie Courtier et Etienne Decroly – 18/02/21